Le réemploi des matériaux devient une pratique courante en Wallonie et à Bruxelles. Cadres régionaux, outils disponibles, exemples de projets et pièges à éviter : le point de vue de STARC et d'Optibim.
Démolir un bâtiment et tout mettre au conteneur n'est plus une évidence. En Wallonie comme à Bruxelles, les pouvoirs publics, les maîtres d'ouvrage et les concepteurs apprennent à voir un bâtiment existant comme une réserve de matériaux. Voici comment nous abordons le réemploi chez STARC et Optibim, avec des exemples de projets et les repères régionaux utiles.
Pourquoi le réemploi s'impose aujourd'hui
Le secteur de la construction consomme énormément de matières et produit une grande partie des déchets. Bruxelles Environnement le rappelle dans ses supports de formation : le bâti bruxellois représente 50% des matières premières, 35% de la production des déchets totaux, et 91% de déchets envoyés au recyclage, majoritairement pour du « downcycling ». Autrement dit, même recyclés, la plupart des matériaux perdent de la valeur.
Le réemploi va plus loin. Selon le Guide Bâtiment Durable, les matériaux de réemploi sont des matériaux ayant été démontés lors de travaux de déconstruction et qui sont remis, ou destinés à être remis, en œuvre dans un nouvel aménagement. Une porte reste une porte, une brique reste une brique. Pas de broyage, pas de refonte.
Ce n'est d'ailleurs pas une idée neuve. Comme le souligne Rotor, historiquement, le réemploi de matériaux était la norme dans le secteur de la construction. Dans nos fermes en carré et nos maisons de village, on retrouve souvent des linteaux ou des pierres de taille déjà réutilisés plusieurs fois.
Ce que prévoient Bruxelles et la Wallonie
À Bruxelles, la réglementation sur les déchets de chantier s'appuie sur la hiérarchie de Lansink. Bruxelles Environnement précise que cette hiérarchie met en avant les opérations les moins impactantes pour l'environnement. Le réemploi y arrive avant le recyclage. Autre obligation à connaître : un inventaire conforme est obligatoire pour tous les chantiers de démolition ou de transformation de plus de 500 m2 de surface brute de bâtiment construits avant le 1er octobre 1998. Il s'agit ici de l'inventaire amiante. Il conditionne aussi le réemploi, puisqu'un matériau contaminé n'est pas récupérable.
Bruxelles Environnement encourage aussi l'inventaire réemploi. Il peut notamment servir à indiquer à l'entreprise de démolition les éléments à déconstruire soigneusement. Pour les maîtres d'ouvrage publics, un vade-mecum de Rotor fournit la démarche et les outils prêts à l'emploi pour extraire les matériaux de construction de bâtiments publics en vue de leur réemploi.
En Wallonie, la stratégie régionale Circular Wallonia est entrée dans une nouvelle phase. Le Gouvernement wallon a retenu quatre secteurs prioritaires : métaux et matières critiques, chimie, construction, agroalimentaire / biobasé / eau. En juin 2026, le programme Boost4Circularity a mis en avant plusieurs projets structurants, dont la structuration d'une filière industrielle wallonne de recyclage en boucle fermée du verre plat issu de la déconstruction et de la rénovation et un projet de réemploi de pierre naturelle. Le Service public de Wallonie propose aussi une plateforme répertoriant les matériaux et techniques de réemploi.
Dans notre province, le BEP a organisé la 2ᵉ édition de la Bourse aux matériaux (10-11 avril 2026), qui permet d'écouler stocks, surplus et fins de série.
Exemples de projets où le réemploi a du sens
Le réemploi ne se décrète pas. Il dépend du bâtiment existant, du programme et du planning. Voici trois situations que nous rencontrons régulièrement.
La transformation d'une ferme ou d'une grange en logements. C'est le terrain le plus naturel :
- les pierres bleues de seuils, d'encadrements ou de pavements se déposent, se nettoient et se reposent ailleurs dans le projet ;
- les ardoises naturelles en bon état peuvent être triées pour une annexe ou une toiture secondaire ;
- les poutres de charpente saines peuvent devenir des linteaux, des escaliers ou du mobilier fixe ;
- les briques anciennes récupérées permettent de raccorder une extension sans rupture visuelle.
La reconversion de bureaux en logements. Les immeubles tertiaires des années 1970 à 1990 contiennent beaucoup d'éléments démontables : portes intérieures, cloisons vitrées, faux planchers, luminaires, sanitaires, garde-corps. Une partie peut rester sur place, le reste peut partir vers la filière professionnelle. L'annuaire Opalis recense un peu plus de 300 fournisseurs de matériaux de réemploi, sur un territoire comprenant la France, la Belgique ou encore les Pays-Bas.
Les projets publics et les copropriétés. Le réemploi s'écrit alors dans le cahier des charges. Rotor a publié en 2022 un guide pour formuler des objectifs de récupération dans un marché de travaux. Pour la structure, des initiatives wallonnes comme l'Alliance Réemploi Poutrelles cherchent à structurer la filière wallonne de réemploi des poutrelles métalliques issues de déconstructions.
Ces démarches gagnent en visibilité. Les Trophées Bâtiments Circulaires 2026 acceptaient des projets situés en Belgique, et l'édition compte deux projets à Bruxelles parmi les candidats. Les lauréats seront dévoilés lors de la cérémonie de remise des prix le 26 novembre 2026.
Le rôle concret d'un bureau d'architecture et d'études
Le réemploi se joue très tôt, dès l'esquisse. Chez nous, il mobilise plusieurs métiers.
- Le relevé. Avec BimBot, nous scannons le bâtiment existant en 3D, par drone et en photo 360°. La maquette sert de base à l'inventaire : dimensions des éléments, quantités, localisation. On sait ce qu'on a avant de dessiner.
- La conception. Les architectes de STARC adaptent le projet aux matériaux disponibles, et pas l'inverse. Une largeur de baie peut être calée sur des châssis ou des portes récupérés.
- La stabilité. Le réemploi d'éléments porteurs (poutres bois, profilés acier, hourdis) demande une vérification par l'ingénieur d'Optibim : état, section, assemblages, charges reprises.
- La PEB. Un châssis ou un isolant de réemploi doit être documenté. Faute de données fiables, il faut souvent recourir à des valeurs par défaut prudentes. Cela peut peser sur le résultat. Mieux vaut l'anticiper.
- La planification. Avec Chronoplan, nous intégrons la dépose soigneuse au planning. Elle prend plus de temps qu'une démolition classique.
Les pièges à éviter
- Oublier l'inventaire amiante. Sans lui, aucun réemploi sérieux n'est possible.
- Décider trop tard. Une fois le démolisseur désigné sans consigne de dépose, il est souvent trop tard.
- Négliger le stockage. Des matériaux déposés doivent être protégés, étiquetés et stockés au sec.
- Sous-estimer la main-d'œuvre. Le matériau coûte parfois moins cher, mais le nettoyage et la remise en œuvre prennent du temps.
- Ne pas prévoir de clause dans le cahier des charges. L'entrepreneur doit savoir ce qui est attendu, et comment le réemploi est garanti.
Vous avez un bâtiment à transformer, une ferme à reconvertir ou un immeuble de bureaux à réaffecter, et vous vous demandez ce qui peut y être récupéré ? Nos équipes de STARC et d'Optibim peuvent réaliser le relevé, évaluer le potentiel de réemploi et l'intégrer à votre projet dès les premières esquisses. Contactez-nous à Gembloux pour en parler.
