Comment dimensionner une citerne d'eau de pluie, respecter la séparation des réseaux vérifiée par le CertIBEau et infiltrer le surplus sur votre terrain. Le guide pratique d'Optibim, certificateur agréé et bureau d'études hydrologiques.
Cet été, le Gouvernement wallon a remis la gestion des eaux pluviales au centre des demandes de permis. Pour vous qui construisez, rénovez ou développez un projet immobilier, la bonne question n'est plus de savoir s'il faut gérer l'eau de pluie, mais comment. Voici la méthode qu'applique Optibim, depuis le calcul de la citerne jusqu'au contrôle CertIBEau.
Ce que dit la réglementation wallonne en 2026
D'abord, une précision. En Wallonie, il n'existe actuellement pas d'obligation générale et systématique d'installer une citerne d'eau de pluie dans les nouvelles constructions, contrairement à la Flandre et à la Région Bruxelles-Capitale. Attention toutefois : certaines communes imposent l'installation d'un système de récupération des eaux pluviales. Consultez toujours le règlement communal avant de dessiner.
L'infiltration, elle, est encadrée par le Code de l'Eau. Selon l'article R.277 du Règlement général d'assainissement, les eaux pluviales suivent un ordre de priorité :
- l'infiltration sur la parcelle ;
- en cas d'impossibilité technique ou de disponibilité insuffisante du terrain, dans une voie artificielle d'écoulement ou dans une eau de surface ordinaire ;
- l'égout, en dernier recours seulement.
Autre point souvent ignoré : pour une construction neuve, même lorsque le nouveau logement dispose d'une citerne, le trop-plein de cette dernière ne peut pas être envoyé à l'égout.
La nouveauté de 2026, c'est une circulaire. En date du 16 juillet 2026, le Ministre Desquesnes a adopté une circulaire relative à la gestion des eaux pluviales. D'après l'Union des Villes et Communes de Wallonie, elle donne, à titre indicatif, des dimensionnements pour les citernes à eaux pluies et s'applique à tous projets soumis à permis d'urbanisme/ urbanisation qui ont pour effet de créer ou d'augmenter les surfaces imperméabilisées. Elle ne crée pas de nouvelle norme. En pratique, elle donne pourtant aux communes une grille de lecture commune, et vos plans seront examinés à cette aune.
Dimensionner sa citerne sans la surdimensionner
Une citerne se calcule à partir de deux quantités : l'eau que votre toiture peut récolter et l'eau dont vous avez besoin. Côté pluie, l'IRM rappelle que les normales annuelles varient du simple au double sur le territoire belge : de 700 mm/an pour la partie nord de la Hesbaye à presque 1400 mm/an pour la région des Hautes Fagnes. Un projet à Gembloux ne se calcule donc pas comme un projet en Ardenne.
La méthode simplifiée du Guide Bâtiment Durable de Bruxelles Environnement est une bonne base. On retient le plus petit des deux volumes annuels (pluie récoltée ou besoins), multiplié par une autonomie souhaitée [jours] (entre 2 et 5 semaines, soit 14 à 35 jours), puis divisé par 365.
Un exemple chiffré, pour une maison neuve en Brabant wallon :
- toiture de 120 m² en projection horizontale, environ 800 mm de pluie par an ;
- avec un coefficient de toiture et des pertes de filtration de l'ordre de 0,75, on récolte à peu près 72 m³ par an ;
- quatre occupants, WC et lave-linge raccordés, un peu d'arrosage : les besoins tournent autour de 55 à 60 m³ par an ;
- pour trois à quatre semaines d'autonomie, on arrive à une citerne de 4 000 à 5 000 litres.
Plus grand n'est pas forcément mieux. Une citerne trop grande ne se remplit jamais complètement. La citerne ne pourra pas déborder suffisamment pour évacuer les particules flottantes. L'eau stagne et se dégrade. À l'inverse, une citerne trop petite déborde tout le temps et se vide dès le premier été sec. Si votre commune impose un volume tampon supplémentaire (une partie de la citerne qui se vide lentement par un ajutage calibré), il s'ajoute au volume de réutilisation.
Séparer les réseaux, le point de contrôle du CertIBEau
Le CertIBEau est la condition pour ouvrir le compteur. Rendu pleinement obligatoire pour les nouvelles demandes de raccordement au 1er juin 2021, il constitue la condition sine qua non pour obtenir l'ouverture définitive d'un compteur d'eau. Selon la fédération Embuild Wallonie, deux éléments notables, parmi d'autres, seront vérifiés : la séparation complète des circuits d'eaux usées et des eaux de pluie, et la présence de clapets antiretours agréés.
Concrètement, deux séparations sont à prévoir dès les plans.
- Eau de pluie et eau de distribution. Réaliser un pont, par exemple, entre le réseau d'eau de ville et le réseau d'eau de pluie pour pallier le manque de précipitations est donc interdit. Si vous voulez un appoint, il se fait par une surverse libre dans la citerne ou par un module de gestion avec rupture de charge conforme à la norme NBN EN 1717.
- Eaux pluviales et eaux usées. Le Code de l'Eau impose que les eaux grises et noires ne peuvent se mélanger avec les eaux pluviales, il faut les séparer en utilisant des conduites différentes.
Les pièges que nous rencontrons le plus souvent lors des visites de certification :
- robinet extérieur branché sur la mauvaise conduite ;
- canalisations d'eau de pluie ni repérées ni étiquetées ;
- clapet antiretour manquant ou non agréé après le compteur ;
- descente de toiture d'une extension raccordée par facilité à la chambre de visite des eaux usées.
Corriger une conduite enterrée après la chape coûte beaucoup plus cher que de la prévoir sur plan.
Infiltrer le surplus, noues et ouvrages adaptés au terrain
Le trop-plein de la citerne et les eaux des terrasses et allées doivent rejoindre le sol. Les solutions les plus courantes :
- la noue, un fossé large et peu profond, engazonné ou planté, qui stocke puis infiltre ;
- le jardin de pluie, une dépression plantée près de la maison ;
- les tranchées ou massifs d'infiltration en caissons, quand la place manque ;
- les revêtements perméables, pavés drainants ou dalles alvéolées, qui réduisent le volume à gérer.
Tout dépend du sol. Un limon hesbignon infiltre mal, un sable bruxellien beaucoup mieux, une argile quasiment pas. Avant de dimensionner, il faut un essai de perméabilité sur place, à la profondeur de l'ouvrage prévu. Il faut aussi vérifier la hauteur de la nappe, la pente et la distance par rapport aux fondations et aux limites de parcelle. Pour les communes, l'UVCW précise que lorsque l'infiltration des eaux pluviales ou en sortie d'un système d'épuration individuelle ne peut pas d'emblée être écartée, il convient de solliciter une étude hydrogéologique. Un dossier sans cette étude risque donc d'être déclaré incomplet.
Zones à risque, anticiper la question de l'inondation
En zone d'aléa d'inondation ou sur un axe de ruissellement, l'exigence monte d'un cran. Le ministre l'a rappelé à L'Avenir : un permis peut être refusé ou conditionné à ce type de travaux si la demande concerne un bien exposé à un risque d'inondation. Dans ces situations, nous conseillons de :
- consulter la cartographie de l'aléa d'inondation du SPW dès l'esquisse ;
- limiter l'imperméabilisation au strict nécessaire ;
- combiner citerne avec volume tampon, noue et débit de fuite limité ;
- implanter les ouvrages en suivant la topographie naturelle.
Pour un promoteur, cette réflexion pèse sur l'implantation et donc sur la densité possible. Mieux vaut la mener avant l'achat du terrain qu'au moment du dépôt de permis.
Le rôle d'Optibim dans votre projet
Optibim intervient à plusieurs étapes, en lien direct avec les architectes de STARC :
- étude hydrologique, essais de perméabilité et dimensionnement de la citerne, du tampon et des ouvrages d'infiltration ;
- note technique jointe à la demande de permis ;
- conception des réseaux séparatifs avec les techniques spéciales ;
- certification CertIBEau, en tant que certificateur agréé, à la fin du chantier.
Le même bureau conçoit l'installation puis la contrôle. Les non-conformités sont donc repérées sur plan, avant les travaux.
Vous préparez une construction, une extension ou un projet de logements en Wallonie ou à Bruxelles ? Contactez Optibim ou STARC à Gembloux pour faire le point sur la gestion des eaux pluviales de votre terrain. Une première analyse du site et du règlement communal suffit souvent à orienter les bons choix.
Frédéric Odent
