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STARC – Studio d'Architecture

Journal · Réglementation

Accessibilité universelle dans l’architecture

Par Frédéric Odent
Accessibilité universelle dans l’architecture

L'accessibilité se joue souvent à quelques centimètres. Nous faisons le point sur les règles wallonnes (GRU) et bruxelloises (RRU) et sur les cotes à retenir. Vous trouverez aussi les pièges à éviter, en construction neuve comme en rénovation.

Une porte de 85 cm au lieu de 80, un seuil supprimé, un palier de 1,50 m : l'accessibilité se joue souvent à quelques centimètres. En Wallonie comme à Bruxelles, des règles précises encadrent les bâtiments ouverts au public. L'accessibilité universelle va plus loin : elle consiste à concevoir des lieux que chacun peut utiliser, sans devoir les adapter après coup.

De la norme PMR à l'accessibilité universelle

On pense d'abord au fauteuil roulant. Pourtant, les personnes à mobilité réduite sont bien plus nombreuses : parents avec poussette, personnes âgées, personnes en béquilles après une opération, livreurs, personnes malvoyantes, malentendantes ou avec une déficience intellectuelle.

La conception universelle part d'une idée simple : un bâtiment bien pensé pour les plus vulnérables est plus confortable pour tout le monde. Chez STARC, nous la traduisons en quelques principes :

  • un usage équitable : la même entrée pour tous, pas d'accès de service à l'arrière ;
  • une circulation simple et intuitive, avec des repères visuels clairs ;
  • une information perceptible par plusieurs sens (vue, ouïe, toucher) ;
  • un effort physique réduit : pas de marche inutile, des portes faciles à manœuvrer ;
  • des dimensions adaptées aux aides techniques.

En Wallonie, le Guide régional d'urbanisme fixe le cadre

Dans le CoDT, le Guide Régional d'Urbanisme contient un chapitre 4 consacré à l'accessibilité et à l'usage des espaces et bâtiments ouverts au public ou à usage collectif par les personnes à mobilité réduite. Il s'agit en réalité des articles 414-415 de l'ancien CWATUP. L'article 414 définit le champ d'application. L'article 415 énonce les critères pour les différents équipements : stationnement, voie d'accès, rampe, sanitaire.

Ces normes visent les travaux soumis à permis d'urbanisme pour une liste de bâtiments. On y trouve par exemple les immeubles à usage de bureaux, les commerces, centres commerciaux, hôtels, auberges, restaurants et cafés, mais aussi les hôpitaux, les bâtiments socioculturels ou sportifs. Une maison unifamiliale n'entre généralement pas dans ce champ. Vérifiez toutefois chaque cas avec votre architecte.

Quelques cotes structurantes, selon une présentation du SPW Territoire (ex DGO4) :

  • voie d'accès directe, pente maximale de 5 % sur 10 m avec un palier de manœuvre de 1,5 m ;
  • portes d'une largeur de 0,85 m avec 0,50 m de mur côté poignée, et une aire de rotation de 1,50 m dans les couloirs.

Ce cadre a ses limites. Le Collectif Accessibilité Wallonie Bruxelles (CAWaB) regrette que ces articles, qui n'ont subi aucune modification depuis de nombreuses années, comportent d'importantes lacunes, en particulier pour les personnes avec une déficience sensorielle ou intellectuelle. Respecter la norme est donc un minimum, pas une fin en soi.

À Bruxelles, le Titre IV du RRU

Le RRU actuel a été adopté par le Gouvernement bruxellois le 21 novembre 2006 et est entré en vigueur le 3 janvier 2007. Son Titre IV porte sur l'accessibilité des bâtiments aux personnes à mobilité réduite. Selon le Guide Bâtiment Durable de Bruxelles Environnement, il s'applique aux équipements publics, aux constructions neuves et aux constructions existantes, mais pas aux travaux qui n'apportent pas de modification majeure. Attention : c'est également le cas du changement des destinations ou de la répartition de celles-ci et de la modification du nombre de logements. Une division d'immeuble ou une reconversion de bureaux en logements peut donc faire entrer votre projet dans le champ.

Quelques exigences bruxelloises à retenir :

  • à l'entrée, la porte doit avoir un libre passage de 95 cm, soit plus qu'en Wallonie ;
  • les portes palières des ascenseurs adaptés doivent avoir au minimum 0,90 m de largeur de passage libre ;
  • les élévateurs verticaux à plate-forme sont autorisés pour franchir au maximum 1,80 m hors gaine fermée ;
  • le Titre II impose que tout immeuble neuf à logements multiples comprenant un rez-de-chaussée et quatre étages ou plus soit équipé d'un ascenseur.

Une réforme du RRU est en préparation. Le CAWaB souligne que le projet continue d'exclure les PMR des bureaux, commerces, centres commerciaux, établissements hôteliers, restaurants et cafés de moins de 200m². Nous suivons ce dossier et adaptons nos conceptions dès qu'un texte définitif est publié.

Les points qui font la différence, sur plan et sur chantier

Nos architectes et les ingénieurs d'Optibim relisent systématiquement ces points :

  • le cheminement complet, depuis la rue ou le parking jusqu'aux locaux utiles ;
  • les seuils, à supprimer ou à limiter à un ressaut minime et biseauté ;
  • les sanitaires adaptés, avec l'aire de rotation hors débattement de la porte ;
  • les contrastes de couleur sur les nez de marche, les portes vitrées et les obstacles ;
  • l'accueil : un guichet surbaissé et, selon Infrasports (SPW), une boucle à induction magnétique au guichet d'accueil pour les personnes malentendantes.

Les pièges les plus fréquents :

  • une porte de bonne largeur, mais une poignée collée à un mur d'angle ;
  • une rampe ajoutée en fin d'études, sans la place nécessaire pour les paliers ;
  • un paillasson épais ou un caniveau à grille large devant l'entrée ;
  • une rampe avec un dévers latéral, rendue dangereuse pour un fauteuil.

Rénovation et bâtiments anciens, partir d'un relevé fiable

C'est en rénovation que l'accessibilité demande le plus de méthode. Un ordre de grandeur suffit à le montrer : trois marches de 17 cm représentent 51 cm à rattraper. Avec une pente de 5 %, il faut plus de 10 m de rampe, plus les paliers. Dans une ancienne ferme ou une maison de ville, cette place n'existe pas toujours.

Notre démarche :

  • un relevé BimBot par scanner 3D, qui mesure au centimètre près les niveaux, les seuils et les largeurs réelles ;
  • l'étude de plusieurs scénarios : rehausser un trottoir intérieur, déplacer l'entrée, installer un élévateur ;
  • une vérification de la stabilité par Optibim quand il faut ouvrir une trémie d'ascenseur dans un plancher existant ;
  • si une règle ne peut pas être respectée, une demande de dérogation motivée, avec des mesures compensatoires.

Anticiper aussi dans le logement privé

Même sans obligation, penser à l'accessibilité dès la conception coûte peu et évite des travaux lourds plus tard. Dans une construction neuve ou une rénovation complète, nous recommandons de :

  • prévoir une chambre et une salle d'eau au rez-de-chaussée, ou un espace facile à transformer ;
  • choisir une douche de plain-pied plutôt qu'un bac ;
  • dessiner des portes intérieures plus larges et des couloirs dégagés ;
  • renforcer les cloisons pour pouvoir fixer plus tard des barres d'appui ;
  • réserver l'emplacement d'un futur élévateur ou d'un monte-escalier.

L'AVIQ et l'asbl Atingo publient des fiches techniques utiles pour approfondir ces sujets.

Vous préparez un projet ouvert au public, un immeuble à appartements ou la rénovation d'un bâtiment ancien ? Les équipes de STARC et d'Optibim peuvent vérifier la conformité de vos plans au GRU ou au RRU, réaliser un relevé précis de l'existant et proposer des solutions adaptées à votre bâtiment. Contactez-nous pour en parler.