Infiltrer d'abord, rejeter vers un cours d'eau ensuite, raccorder à l'égout en dernier recours. Voici comment appliquer la hiérarchie wallonne des eaux pluviales, avec des solutions concrètes, des ordres de grandeur et ce que change la circulaire du 16 juillet 2026.
Toiture, terrasse, allée carrossable : chaque mètre carré que vous imperméabilisez envoie de l'eau là où le sol l'absorbait jusque-là. En Wallonie, où cette eau doit aller est fixé par la loi depuis plusieurs années, et une nouvelle circulaire précise depuis cet été comment les communes doivent l'examiner. Voici ce qu'il faut savoir avant de déposer votre demande de permis.
Une hiérarchie inscrite dans le Code de l'Eau
Le principe n'est pas nouveau. Selon le SPW Environnement, depuis le 1er janvier 2017, le Code de l'Eau wallon impose de gérer les eaux pluviales à la parcelle en respectant une hiérarchie, qui doit être respectée dans les projets d'urbanisme et d'urbanisation. Concrètement, l'ordre est le suivant :
- d'abord l'infiltration dans le sol de votre terrain ;
- si elle est impossible ou insuffisante, les eaux pluviales sont préférentiellement rejetées en eaux de surface et à défaut dans le réseau d'égouttage ;
- dans les deux derniers cas, ce rejet doit se faire en respectant les conditions du gestionnaire du cours d'eau ou de l'intercommunale, notamment au niveau des débits de fuite.
La temporisation n'est donc pas une étape à part : elle accompagne presque toujours le rejet. Dans la majorité des cas, si l'infiltration ne peut pas être la seule solution, un dispositif de rétention sur site devra être prévu pour respecter le débit de fuite imposé. Et avant tout cela, le premier réflexe reste le plus simple : pour le SPW, la toute première mesure est de limiter l'imperméabilisation des surfaces à son strict nécessaire. Un parking en graviers stabilisés ou en pavés à joints ouverts, c'est autant de volume que vous n'aurez pas à stocker.
Rappel utile : gérer séparément les eaux pluviales implique de séparer strictement les réseaux d'eaux usées et d'eaux de pluie à l'intérieur des immeubles, ce qui est imposé par le Code de l'Eau depuis le 20 juillet 2003.
Ce que change la circulaire du 16 juillet 2026
Ce jour-là, le Ministre Desquesnes a adopté une circulaire relative à la gestion des eaux pluviales, notifiée aux communes le 27 juillet 2026. Le Gouvernement wallon le précise : elle ne crée aucune nouvelle obligation juridique, mais fournit aux autorités et aux auteurs de projets un cadre d'interprétation commun. Elle s'inscrit dans les suites des inondations de 2021 et s'appuie sur le Référentiel wallon de gestion durable des eaux pluviales, disponible depuis 2023.
Selon l'Union des Villes et Communes de Wallonie, les points à retenir sont les suivants :
- elle s'applique à tous les projets soumis à permis d'urbanisme ou d'urbanisation qui créent ou augmentent les surfaces imperméabilisées ;
- sa stratégie consiste à combiner différents dispositifs permettant de capter et valoriser les pluies, de stocker et temporiser ainsi que d'infiltrer le surplus ;
- elle s'attarde sur les citernes à eau de pluie et donne, à titre indicatif, des dimensionnements, ainsi que des exemples de conditions types.
En pratique, attendez-vous à ce que les services communaux regardent de plus près la note de gestion des eaux, et à ce que des conditions chiffrées apparaissent plus souvent dans les permis. Un dossier flou sur ce point, c'est une demande de compléments et des semaines perdues.
Les solutions concrètes et leurs ordres de grandeur
Il n'y a pas de solution universelle. Le bon choix dépend de la perméabilité du sol, de la pente, de la place disponible et de la présence d'une nappe. Voici les dispositifs que nous rencontrons le plus souvent, avec des fourchettes indicatives constatées sur des projets de maisons et de petits immeubles (hors TVA, à affiner au cas par cas) :
- La citerne de récupération : elle valorise l'eau (WC, lave-linge, jardin) et peut jouer un rôle de tampon si elle comporte un volume de temporisation avec un ajutage à débit limité. Comptez généralement quelques milliers d'euros pour une citerne béton de 10 000 litres posée, raccordements compris.
- La noue : un fossé large et peu profond, engazonné, qui stocke puis infiltre. C'est souvent la solution la plus économique quand la place existe, de l'ordre de quelques dizaines d'euros par mètre courant hors terrassement important.
- Le bassin sec ou le jardin de pluie : une dépression paysagère qui ne se remplit qu'en cas d'orage. Il s'intègre bien dans un jardin ou un espace commun d'immeuble.
- Les caissons ou massifs d'infiltration enterrés : utiles quand la surface manque, plus coûteux, souvent entre 150 et 400 euros par mètre cube de stockage selon le système et l'accès au chantier.
- La toiture verte : elle retient une partie de la pluie et étale l'écoulement, sans remplacer un dispositif de stockage.
Pour vous faire une idée des volumes : une maison avec 120 m² de toiture et 60 m² de terrasse et d'allée, soit 180 m² imperméables, reçoit 5,4 m³ d'eau lors d'une averse de 30 mm. C'est un ordre de grandeur, pas une méthode de dimensionnement : le calcul réglementaire tient compte de la pluie de projet, du coefficient de ruissellement de chaque surface et de la vitesse d'infiltration mesurée. Le SPW met d'ailleurs à disposition l'utilitaire de dimensionnement du Groupe Transversal Inondation, pour les dispositifs par infiltration et/ou temporisation.
Le rôle de l'étude hydrologique dans votre permis
C'est elle qui démontre, pièces à l'appui, que votre projet respecte la hiérarchie. La demande de permis doit démontrer s'il est possible ou non d'infiltrer les eaux sur le site, notamment par des tests d'infiltration et une étude de gestion des eaux pluviales. Chez Optibim, une étude type suit ces étapes :
- analyse de la parcelle : pente, cartes d'aléa d'inondation et axes de ruissellement, exutoires possibles ;
- tests d'infiltration à la profondeur prévue pour les ouvrages ;
- calcul des surfaces imperméables et des volumes à gérer ;
- choix et dimensionnement des dispositifs, avec plan d'implantation ;
- si l'infiltration ne suffit pas, justification du rejet et calcul du volume de temporisation selon le débit de fuite imposé.
Les pièges que nous voyons le plus souvent :
- tester le sol en surface alors que l'ouvrage sera à 1,5 m de profondeur ;
- placer un dispositif d'infiltration trop près des fondations ou d'une limite mitoyenne ;
- oublier la terrasse ou l'allée dans le calcul, en ne comptant que la toiture ;
- dessiner une citerne pleine en permanence en la présentant comme volume tampon : pleine, elle ne tamponne plus rien.
Pour une maison, l'étude et les tests représentent en général quelques centaines d'euros à environ 1 500 euros selon la complexité. C'est peu au regard du coût d'un refus, ou d'un ouvrage mal dimensionné qu'il faudra refaire.
Et à Bruxelles
La logique est proche, mais les outils diffèrent. Selon le Guide Bâtiment Durable, le Règlement régional d'urbanisme impose, pour une nouvelle construction, une citerne d'au moins 33 litres par m² de toiture en projection horizontale. Bruxelles Environnement rappelle aussi que, lorsque des travaux augmentent l'imperméabilisation, le permis d'environnement fixe les obligations à respecter pour réutiliser les eaux de pluie ou les gérer sur la parcelle. Certains règlements communaux et PPAS contiennent des prescriptions plus contraignantes : ils sont à consulter lors de la conception.
Parlons de votre projet
Vous préparez une construction, une extension ou un projet de logements en Wallonie ou à Bruxelles ? Optibim réalise les tests d'infiltration, l'étude hydrologique et le dimensionnement des ouvrages, en coordination avec les architectes de STARC ou avec votre propre auteur de projet. Contactez-nous dès l'esquisse : c'est à ce moment qu'une noue ou une citerne bien placée coûte le moins cher.
Frédéric Odent
