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STARC – Studio d'Architecture

Journal · Réglementation

Architecture et patrimoine : concilier passé et futur

Par Frédéric Odent
Architecture et patrimoine : concilier passé et futur

Bien classé, pastillé ou situé en zone de protection : en Wallonie comme à Bruxelles, rénover un bâtiment ancien obéit à des règles précises. Voici les procédures, les subsides, les exigences PEB et notre méthode pour réussir un projet.

Une ferme en carré, une maison de maître, un ancien presbytère : ces bâtiments ont une valeur qui dépasse leurs mètres carrés. Pour les rendre confortables, sobres en énergie et conformes, il faut tenir compte d'un cadre réglementaire qui a beaucoup évolué ces deux dernières années. Voici ce que nous voyons sur le terrain, chez STARC et Optibim, et ce qu'il faut savoir avant de dessiner le premier trait.

Identifier le statut exact de votre bâtiment

Tout commence par une question simple : votre bien est-il protégé, et à quel titre. La réponse conditionne la procédure, les délais et les aides possibles.

En Wallonie, plusieurs niveaux coexistent :

  • Le bien classé, avec les contraintes les plus fortes mais aussi les aides les plus importantes.
  • La liste de sauvegarde, pour les situations urgentes. Selon l'Agence wallonne du Patrimoine (AWaP), c'est une mesure transitoire de 6 mois, qui permet de protéger le bien menacé pendant cette durée car presque tous les effets du classement lui sont applicables.
  • La zone de protection autour d'un bien classé. Ses effets sont avant tout procéduraux et impactent les procédures de délivrance de certificat d'urbanisme n° 2, de permis d'urbanisme et de permis d'urbanisation.
  • L'Inventaire régional. L'inscription d'un bien à l'Inventaire peut être soit simple (bien inscrit), soit pastillée (bien pastillé). L'apposition d'une pastille signale une valeur patrimoniale particulière identifiée pour ce bien.

À Bruxelles, le CoBAT distingue aussi les biens classés, ceux inscrits sur la liste de sauvegarde et ceux repris à l'inventaire. La Direction du Patrimoine culturel d'urban.brussels est l'interlocuteur de référence.

Premier piège à éviter : se fier à la mémoire du vendeur ou du voisin. Vérifiez le statut sur les géoportails régionaux ou auprès du service urbanisme de la commune, avant tout compromis si possible.

En Wallonie, le CoPat a changé l'ordre des démarches

Entré en vigueur le 1er juin 2024, le nouveau Code wallon du Patrimoine (CoPat) permet de clarifier, structurer et harmoniser les dispositions légales. Pour un bien classé, la grande nouveauté est l'autorisation patrimoniale. L'Union des Villes et Communes de Wallonie la décrit comme un préalable indispensable à l'introduction d'un permis d'urbanisme relatif à un bien classé.

Concrètement, cela signifie :

  • Des réunions de patrimoine en amont. L'AWaP instruit et assure le suivi des réunions de patrimoine auxquelles la Commission royale des Monuments, Sites et Fouilles est associée.
  • Presque aucune dispense. Une seule exception à la demande d'autorisation patrimoniale : les travaux d'entretien sans demande de subvention.
  • Une durée de validité à intégrer au planning : l'autorisation est valable 5 ans pour les actes et travaux et 2 ans pour les activités et évènements.
  • Pour l'entretien récurrent, le plan opérationnel patrimonial, assimilé à une autorisation patrimoniale avec une validité étendue à maximum 10 ans.

Côté financement, l'AWaP rappelle que les biens classés bénéficient de subventions conjointes de la Wallonie, de la Province et de la Commune pour la réalisation de travaux de restauration. Deux règles pratiques ont un vrai impact sur le calendrier : le cumul de subventions ne peut pas dépasser 100 % du montant total des travaux, et les travaux ne peuvent débuter qu'après réception de l'arrêté signé.

Point d'attention pour cette année : suite à la décision du Gouvernement wallon concernant le budget 2026, il ne sera pas possible d'introduire une demande de subvention en 2026 pour des travaux sur un bien pastillé. Si votre projet en dépend, il vaut mieux l'étaler dans le temps que de lancer le chantier trop tôt.

À Bruxelles, des taux clairs et des conditions strictes

Pour les biens classés, urban.brussels précise que le taux est de 80 % pour les bénéficiaires publics et pour les bénéficiaires privés, les taux de base sont de 40 % ou 50 % pour les travaux portant sur l'enveloppe extérieure, avec des majorations possibles selon les revenus, la situation du bien ou le type de travaux. En contrepartie, le bénéficiaire accepte des visites de contrôle et fournira, à la fin des travaux, un rapport de restauration décrivant les interventions les plus importantes.

Pour les éléments non classés visibles depuis la rue (sgraffites, ferronneries, menuiseries de façade), la prime petit patrimoine est souvent sous-utilisée. Aucune aide financière ne sera attribuée pour des travaux d'entretien ou des travaux déjà effectués. Bonne nouvelle pour les copropriétés : les plafonds (10.000 € ou 15.000€ par période de 5 ans) sont applicables par unité de propriété (et non plus par immeuble).

Performance énergétique et patrimoine, pas d'exemption automatique

C'est le point qui génère le plus de malentendus. Beaucoup de propriétaires pensent qu'un bâtiment protégé échappe aux exigences PEB. C'est inexact.

En Wallonie, le SPW Énergie indique que pour les lieux de culte et les bâtiments classés ou repris à l'inventaire du patrimoine, l'exception n'est pas accordée d'office. Elle doit être justifiée dans la déclaration PEB jointe au permis, et une exception ne peut être régularisée à postériori. Autre nuance importante relevée par Embuild Wallonie : si seules les façades sont classées, toutes interventions sur les autres parois doivent respecter les exigences (toiture, plancher, châssis, …).

À Bruxelles, Bruxelles Environnement précise que c'est l'autorité délivrante qui décide ou non d'imposer une dérogation PEB patrimoine. Le cadre est fixé par l'arrêté du 6 juin 2024 déterminant les critères et la procédure de dérogation aux exigences PEB et aux exigences relatives aux mesures de décarbonation.

À l'échelle européenne, la directive 2024/1275 prévoit que la Région peut écarter certaines normes pour les bâtiments protégés dans la mesure où l'application des normes modifierait leur caractère ou leur apparence de manière inacceptable. Sa transposition est en cours, ce qui justifie de suivre de près les textes régionaux.

Sur le plan technique, une dérogation ne dispense pas de bien faire. Nos ingénieurs d'Optibim sont particulièrement attentifs à quelques points :

  • L'isolation par l'intérieur de murs épais en brique ou en pierre, qui peut déplacer le point de rosée et mettre en danger les têtes de poutres encastrées. Une étude hygrothermique s'impose souvent.
  • Le choix de matériaux perméables à la vapeur (chaux, fibre de bois, chanvre) plutôt que des systèmes étanches.
  • L'étanchéité à l'air, mesurée par test blowerdoor, qui permet souvent de gagner beaucoup sans toucher aux façades.
  • Le passage discret des techniques (ventilation, chauffage, électricité) dans des volumes qui n'ont jamais été conçus pour cela.

Notre méthode, du relevé au chantier

Sur un bâtiment ancien, l'erreur la plus coûteuse est de concevoir sur des plans approximatifs. Voici comment nous travaillons :

  1. Relevé précis de l'existant par BimBot : scanner 3D, drone pour les toitures et photo 360°. Les déformations, les faux aplombs et les épaisseurs réelles apparaissent dès le départ.
  2. Diagnostic croisé : stabilité des planchers et charpentes, humidité, état des maçonneries, potentiel énergétique.
  3. Préparation des réunions de patrimoine avec des documents clairs, qui distinguent ce qui est conservé, restauré ou transformé.
  4. Arbitrage PEB : justification d'une exception ou d'une dérogation uniquement là où elle est fondée, et performance maximale ailleurs.
  5. Planification réaliste avec Chronoplan, qui intègre les délais d'autorisation et d'arrêté de subvention.

Les pièges que nous rencontrons le plus souvent : un chantier démarré avant l'arrêté de subvention, une isolation intérieure posée sans étude, un châssis remplacé sans vérifier le statut de la façade, ou un budget établi sans prévoir d'études préalables.

Parler à la bonne équipe dès le départ

Vous possédez un bâtiment ancien, classé ou non, et vous avez un projet de rénovation, de transformation ou de reconversion en logements. Les équipes de STARC et d'Optibim peuvent analyser son statut, réaliser le relevé et vous accompagner dans les démarches auprès de l'AWaP, d'urban.brussels et des communes. Contactez-nous à Gembloux pour un premier échange sur votre projet.

Frédéric Odent, administrateur